Progresser encordé sur glacier : techniques et sécurité
La progression sur glacier est une compétence qui sépare le randonneur des refuges de basse montagne de celui qui accède aux cabanes SAC de haute altitude. La Monte Rosa Hütte, la Cabane des Vignettes, la Konkordia Hütte — tous ces refuges emblématiques nécessitent un minimum de 2 à 5 heures sur glacier. Comprendre les techniques de base n'est pas optionnel sur ces itinéraires.
Pourquoi s'encorder ?
La crevasse est le danger principal sur glacier. Ces fissures dans la glace — parfois recouvertes d'un pont de neige invisible — peuvent faire chuter un randonneur non encordé dans un puits de 5 à 30 mètres dont la remontée seule est extrêmement difficile, voire impossible. S'encorder entre deux ou trois personnes permet, en cas de chute dans une crevasse, que les compagnons de cordée puissent arrêter la chute, stabiliser la personne et procéder à l'extraction.
La règle de base : sur un glacier avec des zones blanches (neige couvrant potentiellement des crevasses), toujours s'encorder. Sur glacier nu (glace visible, crevasses visibles et évitables), la progression déliée peut être acceptable en conditions optimales.
L'espacement de corde
L'espacement recommandé entre deux membres d'une cordée sur glacier est de 8 à 15 mètres. Un espacement trop court (moins de 5 m) rend difficile l'arrêt en cas de chute — le second n'a pas le temps de réagir. Un espacement trop long (plus de 20 m) augmente le risque que toute la cordée soit entraînée dans la crevasse.
En pratique sur les glaciers des Alpes (type Aletsch, Gorner, Mer de Glace), une cordée de deux avec 12 m de corde entre eux, et une réserve de corde en zigzag (pas en boucle) dans la main du premier de cordée, est la configuration la plus courante. La réserve permet de jeter de la corde rapidement au camarade tombé.
Le kit de mouflage (crevasse rescue)
Le kit de base pour l'extraction d'une crevasse (mouflage) comprend : deux ou trois mousquetons à vis, deux sangle-prusiks de 60 cm et 120 cm, un ou deux poulies de progression, et une connaissance de montage d'un palonnier (pulley system). Le montage standard est le mouflage simple (Z-pulley) ou le mouflage double (C-pulley).
Le principe : le randonneur tombé s'équipe de sa propre attache de prussik sur la corde pour bloquer sa remontée progressive pendant que ses camarades hissent avec le mouflage. L'extraction complète d'une crevasse par une cordée de deux est physiquement très exigeante — deux personnes sont le minimum, trois est le nombre confortable.
La formation pratique (stage de glaciaire dans un club alpin — DAV, SAC, CAF, ÖAV) est indispensable. Il est impossible d'apprendre les techniques de crevasse rescue uniquement par la théorie.
Les prusiks
Les prusiks (nœuds d'auto-blocage sur la corde principale) permettent à une personne de remonter sur corde par ses propres moyens. La technique de remontée sur prusiks (prussicking) permet à une personne tombée dans une crevasse de remonter seule si ses camarades ne peuvent pas la hisser.
La technique de base : un prusik court (attache au baudrier) pour bloquer le poids du corps, un prusik long (avec étrier) pour pousser avec la jambe. En alternance, on monte de 20 à 30 cm à chaque mouvement. La remontée de 5 à 10 mètres dans une crevasse prend 15 à 30 minutes selon la condition physique.
Les cordes à glace (dry treatment, 8,5 à 10 mm) facilitent le glissement des prusiks. Les cordes trop fines (moins de 8 mm) sont difficiles à bloquer avec un nœud prusik.
Lire les ponts de neige
Un pont de neige est une couche de neige couvrant une crevasse et permettant de passer dessus. Les ponts de neige sont présents au printemps et en début d'été (neige hivernale encore consolidée), et progressivement fragiles en été avec la fonte. Le test du bâton de ski : planter le bâton verticalement devant soi toutes les 2 à 3 foulées pour détecter une zone creuse sous la neige.
Les zones de rupture de pente (bords de plateau, zones de compression glaciaire) sont les plus crevassées. Les zones plates avec neige homogène au milieu d'un glacier sont généralement plus sûres.
Le code alpin
L'alpinisme de cordée repose sur quelques règles tacites universelles. Le premier de cordée protège le second en se plaçant de manière à pouvoir arrêter une chute. Le second ne dépasse pas le premier sans accord. On ne délie jamais la corde sur glacier sans décision commune. On communique les conditions à la montée à ceux qui descendent.
Ces règles ne sont pas écrites dans les topoguides, mais elles sont la base de la culture alpiniste — apprise dans les clubs et les stages, transmise de guides en clients.
À explorer sur la carte
Les refuges accessibles sur glacier mentionnés dans cet article — Cabane des Vignettes CAS, Konkordia Hütte, Monte Rosa Hütte — sont répertoriés sur la carte interactive.